ATELIER DE MARS 2013: VERS UNE DESILLUSION TOTALE ?
Bujumbura, le 22/02/2013 (www.nyabusorongo.org). -L’atelier que compte organiser les Nations Unies en collaboration avec le Gouvernement du Burundi du 11 au 13 mars 2013 est sur toutes les lèvres à Bujumbura et les media s’en régalent. Certains journaux en ont fait une grande publicité et certains politiciens de l’opposition jubilent déjà car ils assimilent cela à une certaine victoire. Il suffit de suivre certaines réactions et certains titres des journaux qui, à priori, prennent cet atelier pour des négociations. Les politiciens burundais qui ont fui le pays quelques temps après les élections de 2010 et qui s’étaient ligués au sein de l’ADC-ikibiri pour réclamer une victoire qu’ils n’avaient pas eue ont annoncé un après l’autre leur retour au pays. Certains ont d’ailleurs organisé des comédies pour faire comprendre au monde que ce sont leurs partis qui réclamaient leur retour au pays. Tout le monde est remonté et selon leurs déclarations, ils devraient se retrouver à Bujumbura dans les jours qui viennent. Pour certains cependant l’espoir commence à progressivement céder la place à la désillusion : le retour triomphale risque de ne pas avoir lieu.
D’après les informations à la disposition de Nyabusorongo, certains leaders des partis politiques d’opposition encore en exil, sont en train de chercher des contextes pour ne pas prendre part à cet atelier. Certains évoquent les problèmes de documents de voyage car le prétexte de billet d’avion ne peut plus tenir étant donné que les Nations Unies ont accepté de prendre en charge ce volet. Prétexte parce que le document dit « prise en charge » que certains disent être en train de chercher ne devrait pas constituer un obstacle au retour au pays natal : ils n’en ont pas besoin !
Pour quelqu’un qui rentre chez lui après s’être déclaré refugié, la prise en charge n’est pas nécessaire car il n’a pas besoin de visa pour rentrer dans son pays. Le problème peut cependant surgir si l’intéressé, dans sa quête du nouveau de son statut d’exilé politique, avait préalablement déchiré ou jeté son passeport. Mais s’il a encore son passeport (même dont la date de validité a expiré) ou s’il dispose d’une autre carte d’identification, le problème ne se pose plus. Par ailleurs, des solutions intermédiaires à ce problème existent car les chancelleries burundaises délivrent habituellement un document dit « sauf conduit ». Cela arrive normalement quand le requérant renonce à son statut de refugié ou de demandeur d’asile, ou tout simplement quand son document de voyage (passeport) a expiré.
Qu’en est-il des politiciens burundais encore en exil ? Dès leur arrivée dans les pays étrangers, les opposants se sont empressés de se déclarer refugiés politiques pour non seulement bénéficier de « l’assistance sociale » mais aussi et surtout pouvoir bénéficier d’un espace politique. Certains ont d’ailleurs affirmé préparer la guerre contre le Burundi sans se faire inquiéter par les pays d’accueil. Mais en réalité, la majorité de ces opposants n’avaient pas fui le pays parce qu’ils avaient des problèmes avec le pouvoir, puisqu’il y en a d’autres qui sont restés au Burundi, et qui ont continué à vilipénder le pouvoir en place avec une virulence qui, souvent, frisait la violence. Mais ils n’ont jamais été inquiétés, et c’est le cas notamment de Léonce NGENDAKUMANA! Leur fuite était soit liée à des actes posés à l’endroit de leurs militants, leur parti politique, soit liée à leur situation financière très délicate. Il fallait donc trouver une raison pour quitter le pays. Et pour la plupart, ces raisons restent d’actualité et cela les mets dans un dilemme total : faut-il abandonner « l’assistance sociale » pour aller galérer au Burundi ? Faut-il rentrer faire de la politique sans moyens financiers surtout que pour la majorité ils n’ont pratiquement plus d’électorat ? Faut-il carrément abandonner le parti ou jusque quand les membres vont-ils supporter leur absence surtout que les Nations Unies viennent de leur offrir une occasion unique ? Voilà dans quelle situation se trouvent nos braves politiciens en ce moment. Pour ceux qui sont en Europe, ils savent comment les hommes comme NYANGOMA et SINDUHIJE vivent : de l’assistance sociale. Une assistance sociale dont le montant dépasse quand même de loin le salaire de beaucoup de fonctionnaires burundais. Selon toute vraisemblance, ils préfèrent rester en Europe et continuer à vivre sous perfusion de cette « assistance sociale » plutôt que vivre chômeurs au Burundi. Cela leur permet aussi de continuer d’entretenir le « mythe de politicien redouté par le pouvoir ».
Pour d’autres comme RWASA et KAMPAYANO, les prétextes sont différents même si dans fond ils restent les mêmes : la crainte du chômage. Le grand problème pour les deux, ils n’ont plus de contrôle sur leurs partis. Pour RWASA, le parti a été déchiqueté en plusieurs ailes et rester en exil et continuer à se réclamer président leur donne plutôt plus de poids. Une fois rentrés au pays, ils risquent plutôt de se retrouver marginalisés car ceux qui se sont appropriés de leurs partis ne vont pas lâcher la prise aussi facilement que ça. Comment pourraient-ils mener leur vie au Burundi sans parti et sans argent ? Au Burundi ce sont les partis politiques qui font vivre les politiciens et non le contraire. Pourtant là où ils sont, la vie semble plus possible et paisible qu’au Burundi : RWASA fait aisément son trafic de minerais et d’armes tandis que KAMPAYANO fructifie son corps et joue aussi l’intermédiaire entre les trafiquants de toute sorte. Est-ce qu’ils seront aussi libres d’exercer ces « métiers » au Burundi qu’ils le sont actuellement ?
Et Léonce NGENDAKUMANA dans tout ça ? Pour le président de l‘ADC-Ikibiri, le retour de ces gens n’est pas bien perçu car sa position sera menacée. C’est pour cela qu’il s’évertue à imaginer des raisons pour décourager ces politiciens de rentrer au pays. Le lecteur se souviendra que c’est NGENDAKUMANA qui avait fourni des renseignements qui avaient conduit à l’arrestation de SINDUHIJE en Tanzanie. Quant à RWASA, il a échappé de justesse. Dans ses pleutreries, Léonce dira qu’être président de l’ADC ne lui procure rien mais sachez quand même que ça lui permet d’avoir une tribune : il parle plus de l’ADC que de son propre parti. C’est pour cela qu’il déconseille énergiquement à ceux des politiciens encore en exil de ne pas rentrer au pays parce que leur vie serait en danger une fois arrivés au Burundi. Pourtant, Léonce lui-même n’a jamais été inquiété et pourquoi il déconseillerait aux autres de rester dehors ?
Bref, souhaitons seulement que cet atelier ait lieu car même si la qualité des résultats pourrait ne pas être celle escomptée, il aura le mérite de prouver au monde qui vaut quoi sur la scène politique burundaise. L’atelier aura aussi le mérite de prouver aux yeux du monde la mauvaise foi de certains politiciens qui cherchent à dissimiler leurs propres problèmes pour pouvoir garder une certaine influence. De toute façon, l’équipe Nyabusorongo leur souhaite bon retour au bercail au lieu de continuer à mener une vie de clochards.
Par Evelyne KAGIYE, Serge KITURIRWA et Fabien NDIMURWIMO
