Derrière Pauline Simonet, découvrez Sinduhije et les autres
Un rebelle Munyamulenge contre le Burundi ?
Dans ce « scoop », un maquisard aux traits tutsis se présente aux téléspectateurs. Il dit s’appeler Moïse, pardon ! Général Moïse. Il affirme avoir quitté l’armée burundaise en 2006. Faux et archi faux, protestent ceux qui ont vu l’élément vidéo. Sacrilège ! S’exclament ceux qui connaissent la configuration géopolitique burundaise : l’exhibé n’est pas Burundais. Il est rwando-congolais. Un Munyamulenge. Cela saute aux yeux. L’interlocuteur de Simonet ne peut même pas s’exprimer en français, langue officielle du Burundi. Plus grave, il parle Kinyarwanda, pas kirundi. Le Gouvernement burundais, par le biais de son porte-parole, demande à la journaliste de France 24 des excuses. Excuses que le Gouvernement de Pierre Nkurunziza n’obtiendra peut-être pas car Pauline Simonet campe sur ses positions, persiste et signe : « Je respecte les autorités burundaises, mais il n'y a pas question de m’excuser sur un reportage tourné sur les faits ». Quels faits ? Le Témoin Nyabusorongo a procédé aux investigations pour déterminer ces faits sur lesquels Pauline Simonet a tourné son reportage.
Mission commandée
Pauline Simonet remplissait une mission commandée par Alexis Sinduhije, le vrai fondateur du Fronabu Tabara. Le contact dont elle parle dans son reportage a été fait par Gratien Rukindikiza, oncle d’Alexis Sinduhije. A quel prix ? Cela nous l’ignorons encore mais elle savait pertinemment que Général Moïse ne s’appelle pas Moïse. Elle savait bel et bien que le rebelle interviewé n’était pas burundais mais rwando-congolais. Elle savait également que Fronabu Tabara n’est pas dirigé par la personne rencontrée dans les plateaux du Minembwe en République Démocratique du Congo.
Général Moïse ?
Le chef rebelle présenté par Pauline Simonet ne s’appelle pas Moïse. Il n’a jamais été Général. Il s’appelle plutôt Mutoni Claude, alias Gasongo. Dans un passé récent, il était un élément de la garde du colonel James Shyaka. Celui-ci est actuellement commandant en second du secteur opérationnel 6, près de Tchivanga, aux environs de la ville de Bukavu. Depuis 2004, Mutoni Claude est dans les rangs des Forces Républicaines Fédéralistes (FRF) qui opèrent principalement dans la province Kivu en République Démocratique du Congo. Il portait, en 2004, le grade de Sergent. Aujourd’hui, il fait partie de la cinquantaine de soldats de Richard TAWIMBI et porte les gallons de Sous-lieutenant. Voici donc le « général » découvert par Pauline Simonet
Pourquoi un reportage sur France 24 ?
Le 8 octobre de cette année, Alexis Sinduhije et Pancace Cimpaye se rendent en Ouganda. Ils y rencontrent Manassé Nzobonimpa et Léonard Nyangoma. Ce dernier est actuellement basé en Tanzanie. Ce groupuscule doit évaluer la situation financière du mouvement Fronabu Tabara et établir un rapport complet sur l’utilisation des fonds car leur bailleur, dont nous taisons le nom pour l’instant, commence à s’impatienter : il n’y a pas d’actions concrètes sur le terrain. L’argent aurait été mal géré par Léonard Nyangoma. Presque toutes les armes de ce mouvement ont été saisies par l’armée burundaise à Rumonge. Un mouvement étouffé dans l’œuf. Sinduhije se sent gêné de l’annoncer au bailleur. Il faut trouver une astuce, faire un tapage médiatique pour que le bailleur ait confiance. Mais où trouver des rebelles, les filmer et les interviewer au nom de ce mouvement ? La République Démocratique du Congo s’avère l’endroit idéal.
Le 23 octobre 2011, Alexis Sinduhije s’en va en République Démocratique du Congo pour y rencontrer deux officiers FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) : Colonel Michel Makanika et Colonel Sultani Makenga, qui étaient auparavant bras droits de Laurent Nkunda ancien patron du Conseil National pour la Défense du Peuple, CNDP. Ces officiers refusent de rencontrer Alexis Sinduhije. Pancrace Cimpaye propose alors de rencontrer Agathon Rwasa et de l’associer dans cette opération. Là aussi, refus catégorique. Agathon Rwasa n’accepte pas de rencontrer Pancrace Cimpaye car, dit-il, « il est difficile de lui faire confiance. Il n’a aucune expérience du terrain et reste imprévisible ». Il préfère alors lui envoyer un congolais du nom de Mutumba Fazili, qui rencontrera Pancrace Cimpaye aux environs de 19h00’ à Goma, le 25 octobre 2011. Pancrace lui annonce alors qu’il s’agit tout simplement d’une interview. Qu’il s’agit d’amener une dame, journaliste de France 24, filmer des rebelles. Qu’un d’eux pourrait s’exprimer et annoncer qu’il dirige un mouvement appelé Fronabu Tabara. Lorsque Fazili en parle à Agathon Rwasa, ce dernier réfute l’offre. Pas question d’exposer ses hommes. Si reportage il y a, ce sera au nom du mouvement Front National de Libération (FNL), confie-t-il à Fazili, qui rapporte cela à Pancrace Cimpaye.
Sinduhije, vers le début du mois de novembre, entre en contact avec Richard Tawimbi, un chef rebelle qui dirige une cinquantaine de rebelles basés dans la localité de Muranvia avant le mont Gongwa. Richard Tawimbi avait été arrêté et emprisonné au Burundi en décembre 2010 avant de s’évader. Il accepte de collaborer avec le groupe Sinduhije, Pancrace Cimpaye, Manassé Nzobonimpa et Léonard Nyangoma. Un de ses hommes pourra parler à la presse au nom du Fronabu-Tabara. Il désigne donc le sous-lieutenant Claude Mutoni, alias Gasongo. De toutes les façons, il ne perd rien dans cette mascarade. Au contraire ! Il perçoit une somme de dix mille dollars américains que lui remet Alexis Sinduhije, tandis que Claude Mutoni perçoit un montant de cinq cent dollars pour se faire passer pour un Général qui a fondé le mouvement Fronabu-Tabara.
Voilà comment et pourquoi Pauline Simonet entre en jeu et roule tout le monde dans la farine, France 24 y compris. Voilà comment et pourquoi Pauline Simonet, pour remplir sa mission et peut-être même empocher la cagnotte qui lui permettra d’arrondir ses fins de mois, décide de balayer d’un revers de la main les règles journalistiques les plus élémentaires ; de pécher contre le peuple burundais, contre le peuple congolais, contre France 24, uniquement pour accomplir une mission sale, pour de l’argent sale. Pendant ce temps, dans un journal local, Alexis Sinduhije voit déjà la violence dans les élections de 2015. Pendant ce temps, curieusement, Gratien Rukindikiza, l'oncle et le parrain dans le mal, appelle à un mouvement insurrectionnel au Burundi. Et voilà tout baigne pour un bain de sang…télévisé. A malin, malin et demi !
Bapfekurera
